Les articles de cette rubrique (en construction) retracent l'histoire des récompenses françaises au moyen de notices assorties de fiches illustrées téléchargeables au format PDF. Les ordres royaux de Saint-Michel (1469) et du Saint-Esprit (1578) ont rythmé l'histoire de l'Ancien Régime. L'ordre de Saint-Louis, premier ordre de mérite démocratique, a été fondé par Louis XIV en 1693. Bonaparte s'en inspira lorsqu'il créa la Légion d'honneur en 1802. Au XIXe siècle, de nombreuses décorations militaires ou civiles adaptées à l'histoire et à la symbolique de notre pays ont été créées. Ainsi, la Médaille militaire (1852), la Croix de guerre (1915), les médailles commémoratives et les médailles d'honneur et de courage. Ont vu également le jour les ordres ministériels et les ordres coloniaux. Le dernier grand fondateur d'ordres français est le général de Gaulle, qui créa l'ordre de la Libération (1940) et l'ordre national du Mérite (1963).
Louis XI, confronté au développement de la puissance du duc de Bourgogne dont l'ordre de la Toison d'or, créé en 1430, était accepté par de nombreux princes, décida, à son tour, de créer un ordre de chevalerie qui lui permettrait de compter ses amis et d'affermir sa suzeraineté. Le nouvel ordre fut créé le 1er août 1469 à Amboise et placé sous la protection de Saint Michel dont l'image flottait sur des étendards royaux depuis la guerre de Cent Ans.
Le plus prestigieux des ordres de la monarchie française fut créé le 31 décembre 1578 par Henri III, pendant les guerres de religion. Destiné à défendre la foi catholique, il avait en fait pour but de fidéliser autour du roi l'élite du royaume. Le nouvel ordre était voué au Saint-Esprit en raison de la dévotion du souverain devenu roi de Pologne, puis de France, pendant les fêtes de Pentecôte 1573 et 1574.
L'ordre de Saint-Lazare fut fondé à l'époque des Croisades, avec la vocation de soigner les lépreux. Chassés de Terre sainte en 1253, ses réfugièrent en France. Cet ordre perdit assez vite de son importance malgré les nombreux biens qu'il possédait. La situation de Saint-Lazare fut stabilisée lorsqu'il fut réuni à celui de Notre-Dame du Mont-Carmel, spécialement créé par Henri IV en gage de sa conversion, en 1608. Le dernier grand maître fut le comte de Provence, futur Louis XVIII.
En créant, le 5 avril 1693, l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, Louis XIV instituait un nouvel état, celui de la chevalerie de mérite militaire. Ce nouvel ordre était en effet destiné à récompenser le courage de tous les officiers catholiques nobles ou roturiers. Jusqu'ici, les ordres de chevalerie, limités par de sèvères conditions de nombre et de naissance, ne permettaient pas au roi de témoigner sa reconnaissance aux hommes qui guerroyaient à son service. En 1759, Louis XV fonda l'institution du Mérite militaire en faveur des officiers protestants étrangers. En 1771, il créa le médaillon de Vétérance au profit des sous-officiers et soldats ayant servi plus de 24 ans sans défaillance.
Après que les assemblées révolutionnaires eurent supprimé toute marque d'honneur ayant un caractère personnel, le Directoire reconnut la nécessité de récompenser les meilleurs guerriers par le don de drapeaux ou d'armes. La loi du 11 vendémiaire an VIII (3 octobre 1799) institua des récompenses nationales. Bonaparte, par l'arrêté du 4 nivôse an VIII (25 décembre 1799) structura un nouveau système de récompense : les armes d'honneur. Fabriquées par la manufacture de Versailles, ces armes de luxe comptent parmi les plus belles du temps.
Dès les premiers temps de son mandat, le Premier Consul Bonaparte entreprit de réorganiser un pays épuisé par dix ans de conflits, en jetant "quelques masses de granit" "sur le sol de France", telle la Légion d'honneur, créée le 29 floréal an X (19 mai 1802). Distinction nationale unique, la Légion d'honneur était destinée à réunir en un corps d'élite assermenté au régime le courage des militaires et le talent des civils, formant ainsi la base d'une nouvelle société au service de la nation. L'insigne de la Légion d'honneur, la fameuse étoile à cinq branches environnée de feuillage fut créée le 22 messidor an XII (11 juillet 1804).
Ordre à la fois moderne et traditionnel, fondé sur de nouvelles valeurs, notamment les valeurs démocratiques, la Légion d'honneur telle que l'avait conçue Napoléon traversa le temps en s'adaptant à l'histoire de la France. Louis XVIII, dès 1814, rétablit les ordres royaux, mais maintint la Légion d'honneur en y apportant quelques modifications. Roi des Français, Louis-Philippe mit en sommeil les ordres monarchiques, ne conservant que la Légion d'honneur, redevenue la première récompense française. Un temps menacée par la Révolution de 1848, l'institution de Napoléon Bonaparte survécut, réformée par son neveu, Louis-Napoléon, prince-président puis empereur.
La IIIe République maintint la Légion d'honneur tout en supprimant le serment, et donna aux insignes leur aspect actuel à quelques détails près. A l'aube du XXe siècle, 45 000 légionnaires composaient l'Ordre pour une population un peu supérieure à 38 millions de Français. Les conflits mondiaux et les guerres d'Indochine et d'Algérie furent à l'origine d'un gonflement inéluctable des effectifs : environ 300 000 au début des années 60. Par le Code de 1962, le général de Gaulle assura la pérennité de l'institution en la replaçant dans ses principes d'origine et en la contingentant. Aujourd'hui, on compte moins de 100 000 membres.
Porté par Napoléon Premier et quelques dignitaires sous le Premier Empire, le collier de la Légion d'honneur, non codifié par l'Empereur, est aujourd'hui l'apanage exclusif du grand maître, le chef de l'Etat. Reflet de l'histoire de France, son dessin évolua dans le temps : 16 médaillons représentant les disciplines d'excellence de la nation, alternent avec des aigles sous le Premier Empire, et les initiales "HP" (pour "Honneur et Patrie", devise de l'Ordre), sous la IIIe république. Elles forment aujourd'hui les seuls motifs de la chaîne du collier.
Napoléon créa en 1805 des "maisons d'éducation [laïques] pour les demoiselles enfants des membres de la Légion d'honneur" . Il installa la première dans le château d'Ecouen et la seconde dans l'abbaye de Saint-Denis. Aujourd'hui, les maisons accueillent les filles, petites-filles et arrière-petites-filles de membres de la Légion d'honneur, de l'ordre national du Mérite, et de titulaires de la Médaille militaire. De la 6e à la 3e, les élèves fréquentent l'établissement des Loges, à Saint-Germain-en-Laye. La maison de Saint-Denis les prend en charge à partir de la Seconde.
Roi d'Italie, Napoléon créa l'ordre de la Couronne de fer, placé sous l'invocation de l'antique couronne des rois lombards dans laquelle un clou de la Vraie Croix aurait été fondu. Le 15 août 1809, au faîte de sa gloire, il créa un ordre militaire illustrant sa puissance, l'ordre des Trois Toisons d'or. Réservé à une élite, cet ordre, accueilli très froidement ,disparut en 1813. Il n'avait jamais compté aucun membre Le 18 octobre 1811, l'Empereur fonda l'ordre impérial de la Réunion, pour soulager la Légion d'honneur dont les effectifs avaient cru hors de toute prévision et récompenser des catégories de serviteurs auxquelles le premier ordre impérial était difficilement accessible.
Entre 1806 et 1808, Napoléon Premier installa trois de ses frères sur des trônes européens : Louis devint roi de Hollande en juin 1806, Jérôme roi de Westphalie en juillet 1807, et Joseph roi de Naples en février 1808 puis roi d'Espagne en juillet de la même année. Le maréchal Murat, beau-frère de l'Empereur, remplaça Joseph à la tête du royaume napoléonien du sud de l'Italie. Les frères de l'Empereur fondèrent chacun un ordre dont les principes étaient calqués sur ceux de la Légion d'honneur. Louis créa l'ordre royal de Hollande après bien des vicissitudes, Jérôme l'ordre de la Couronne de Westphalie, et Joseph, l'ordre royal des Deux-Siciles puis l'ordre royal d'Espagne. Par ailleurs, Louis et Joseph créèrent une décoration, et le maréchal Murat trois. Ce dernier ajouta aussi une une dignité au collier à l'ordre royal des Deux-Siciles.
La Médaille militaire fut instituée le 22 janvier 1852 par Louis Napoléon Bonaparte, Président de la République, pour récompenser les sous-officiers et les soldats trop souvent ignorés par la Légion d'honneur. Cette nouvelle décoration suscita au départ plus de méfiance que d'enthousiasme jusqu'à ce que le Prince-Président la remît également à des officiers généraux ayant commandé en chef au champ d'honneur. La campagne de Crimée fut le baptême du feu de la Médaille militaire. Quand les soldats constatèrent que, par leur courage, ils pouvaient porter une décoration ornant la poitrine de l'Empereur, ils revinrent sur leur prévention.
Il revient à l'empereur Napoléon III de les avoir introduites parmi nos marques d'honneur. Leur caractère distinctif est d'être attribuées à tout officier ou soldat inscrit aux contrôles pendant la durée d'une campagne déterminée et non en récompense d'une action d'éclat. De toutes les médailles commémoratives, la médaille de Sainte-Hélène et la Médaille coloniale sont les plus célèbres. La première, créée le 12 août 1857, fut décernée à tous les vétérans des campagnes de la Révolution et de l'Empire. La seconde, instituée le 26 juillet 1893 et rebaptisée médaille d'Outre-mer le 6 juin 1962, constitue la marque des services rendus par les troupes ayant pris part à des opérations militaires dans les territoires de l'ancien empire colonial français.
La Première Guerre mondiale marque une étape importante dans le domaine des décorations. La Légion d'honneur dut être adaptée : afin de récompenser l'héroïsme des combattants et de réconforter les familles, de nouveaux titres de nomination apparurent : tableaux spéciaux, législation sur les mutilés de guerre, titres posthumes ; de même la décoration des collectivités, villes, drapeaux de régiments, écoles, se généralisa. Une nouvelle croix fut créée, prenant place immédiatement après la Légion d'honneur et la Médaille militaire : la Croix de guerre. Enfin, de très nombreuses décorations et médailles commémoratives virent le jour durant et après le conflit, dont la Médaille interalliée de la Victoire, créée conjointement par les alliés.
Sous la IIIe République, l'expansion coloniale créa un besoin de récompenses que la seule Légion d'honneur ne pouvait satisfaire. Contrairement à d'autres pays européens comme l'Espagne et la Grande-Bretagne qui s'étaient dotés d'ordres spécifiques, la France annexa des ordres locaux, jusque là considérés comme des ordres étrangers quoique émanant de chefs d'Etat protégés et souvent décernés sur proposition des autorités françaises résidant sur place. Cinq ordres coloniaux furent ainsi "créés" par le décret du 10 mai 1896 : l'ordre du Cambodge, l'ordre du Dragon d'Annam, l'ordre de l'Etoile noire, l'ordre du Nichan el Anouar et l'ordre de l'Etoile d'Anjouan. Les deux premiers furent supprimés entre 1948 et 1950. Les trois autres, rebaptisés ordres de la France d'Outre-mer en 1950, disparurent avec la création de l'ordre national du Mérite le 3 décembre 1963.
Le général de Gaulle, Président de la République signa le 3 décembre 1963 le décret de création de l'ordre national du Mérite, destiné à récompenser les services distingués rendus à la nation, tandis que la Légion d'honneur était réservée aux services éminents. La création de ce second ordre national entraîna la suppression des trois ordres de la France d'Outre-mer et de tous les ordres ministériels à l'exception des Palmes académiques, de l'ordre du Mérite agricole, de l'ordre du Mérite maritime et de l'ordre des Arts et lettres. L'ordre national du Mérite compte aujourd'hui 195 000 membres français.